Bob Dylan - Chroniques Vol.1

Publié le par Chris

Bob Dylan - Chroniques Vol.1

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   "Quelques années plus tôt, Ronnie Gilbert, un membre des Weavers, m'avait présenté en ces termes à un festival de folk à Newport: "Et le voici...Prenez-le, vous le connaissez, il est à vous!". Le mauvais augure m'avait échappé. On n'avait jamais annoncé Elvis de cette manière. Prenez-le il est à vous! C'est fou, de dire un truc pareil! Mon cul, oui. Pour autant que je sache, je n'ai jamais appartenu à personne, ni alors, ni maintenant. J'avais une femme, des enfants, que j'aimais plus que tout, j'essayais de subvenir à leurs besoins, d'éviter les ennuis. Mais les ténors de la presse continuaient de faire de moi l'interprète, le porte-parole, voire la conscience d'une génération. Elle est bien bonne. Je n'avais fait que chanter des chansons nettes et sans détour, exprimant avec force de réalités nouvelles. Cette génération, je partageais fort peu de choses avec elle et je la connaissais encore moins. Depuis dix ans que j'étais parti de chez moi, je ne vociférais les opinions de personne. Mon destin et la vie me réservaient sans doute encore de surprises, mais représenter une civilisation, non. La vraie question était d'être fidèle à moi-même. J'étais plus un conducteur de béstiaux qu'un petit joueur de flûte.

   On croit que la célébrité et la richesse donnent le pouvoir, qu'elles apportent la gloire, l'honneur et le bonheur. Peut-être que oui mais pas toujours. Je me suis retrouvé coincé à Woodstock, vulnérable, avec une famille à protéger. Si vous lisiez la presse, c'était un tout autre portrait qu'on rendait de moi. Le rideau de fumée avait pris une épaisseur étonnante. Il semble que le monde a toujours eu besoin de boucs émissaires - de quelqu'un pour mener la charge contre l'Empire romain. Seulement l'Amérique n'était pas l'Empire romain, et il faudrait trouver quelqu'un d'autre pour sortir du rang et se porter volontaire. Je n'ai jamais été vraiment plus que ça: un musicien de folk qui scrutait la buée derrière un écran de larmes, dont les chansons flottaient dans une brume lumineuse. Voilà qu'elle me crevait à la figure, qu'elle était suspendue au-dessus de ma tête. Je n'étais pas un prêcheur, je ne faisais pas de miracles. A ma place, n'importe qui serait devenu fou. "

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